Nos visites aux producteurs sont des rendez-vous précieux que l’on chérie plus que tout ! Même la hausse des prix à la pompe ne nous a pas dissuadé d’aller dans le Trièves à la rencontre de deux producteurs : Le Moulin de Chardeyre et le Pressoir du Trièves. On vous raconte cette p’tite excursion !
La Moulin de Chardeyre


Derek nous accueille de bon matin dans son moulin. Il a repris l’activité au départ en retraite de Luc en janvier 2025, sur un signe du destin. Cet américain arrivé en France en 2023 pour suivre la mutation de sa femme a dû quitter son emploi dans la finance aux Etats-Unis. Cherchant une activité qui lui permettrait de faire quelque chose de ses mains bricoleuses, il a épluché les petites annonces et est tombé sur ce moulin à vendre en plein milieu des montagnes. En venant visiter le moulin, l’histoire dit qu’il a croisé un cheval qui, on vous le donne en mille, s’appelait aussi Derek ! C’est ce petit signe qui l’a conforté dans l’idée de poursuivre cette incroyable aventure : devenir meunier dans le Trièves. Si vous connaissez un producteur de film, on tient une pépite, on aimerait la voir sur grand écran !
Ce moulin vieux de 700 ans fonctionne aujourd’hui mécaniquement. Les machines sont rustiques, elles datent de 1966. Derek les entretient avec minutie. Des silos, des rouages ou des ascenseurs font transiter le blé sous toutes ses formes et dans tous les sens. Chaque semaine, 1 tonne de blé est moulu ce qui donne 700 kg de farine environ.

Pour être moulu, le blé doit avoir un certain taux d’humidité pour en extraire correctement la farine. Tout est moulu en mouture T65, et pour fabriquer les farines T80 et T110 Derek rajoute ensuite des sons de blés moulus à part. Le blé bio est de la variété Energo et vient d’un producteur voisin à Saint-Sebastien en Isère. Il continue aussi à moudre du blé conventionnel pour répondre aux clients historiques du moulin mais cela nécessite de nettoyer toute la machine pour ne pas contaminer la farine BIO. L’été est une saison cauchemardesque pour les meuniers car la présence des mites alimentaires leur ajoute beaucoup de travail de vigilance et de nettoyage. Il accueille donc l’automne et l’hiver avec joie.
Derek aimerait développer encore l’activité pour pouvoir faire les investissements nécessaires sur les bâtiments vieillissants. Vendre le blé à des boulangers demande une batterie récurrente de tests
car la farine doit être constante en taux de protéine, gluten etc. Il se concentre plutôt sur son activité de production de pâtes. De superbes machines Italiennes ont fait leur apparition au moulin pour produire des pâtes en tous genres, mais toujours sans œufs, 100% vegan ! Il vend ses produits directement à la ferme, sur certains marchés et dans différents magasins de Grenoble. Au p’tit Ravito, vous connaissez ses farines T65, T80 et les pâtes de petit épeautre !
Nous étions ravies de discuter avec Derek qui nous a épaté à ne vouloir parler qu’en français. Il nous a fait rire en nous racontant que si lui a encore du mal à rencontrer les locaux, tout le monde le connait lui l’américain du Trièves ! Si vous passez près de Mens, n’hésitez pas à aller lui acheter des pâtes directement à son moulin.
Pressoir du Trièves
Nous continuons notre route vers d’autres machines à presser, direction le Pressoir du Trièves. Nicolas et Brunelle fabriquent des jus de fruits et ça se sent ! Une douce odeur de pomme et de poire nous cueille en arrivant. Ils ont l’habitude de recevoir des visiteurs car ils ouvrent leur pressoir au public pour toute personne ayant envie de fabriquer son jus avec les fruits de son jardin. Les gens viennent de loin pour cela car c’est un des seuls pressoirs qui accepte de presser pour des quantités de fruits inférieure à 1 tonne.

En effet, ils utilisent une petite machine conçue dans les années 90 avec très peu d’électronique, qui est facile à opérer et à mettre en route. Le créateur de cette machine est à la retraite mais répond encore au téléphone quand ils ont besoin d’un coup de pouce ou d’une pièce de rechange. Ils espèrent garder ce pressoir encore longtemps. Le pressage se fait en répartissant la purée de fruits dans des bacs en bois recouverts d’une toile de lin et empilés les uns sur les autres. Ensuite, une presse hydraulique vient écraser la pile et faire sortir le jus des fruits.
Ils ont des recettes, mais comme les variétés de fruits varient d’une fois à l’autre, ils goûtent les mélanges au fur et à mesure afin de valider l’équilibre gustatif avant d’embouteiller. Le jus passe alors dans la pasteurisatrice et il faut tenir la cadence pour remplir les bouteilles au fur et à mesure. L’activité de pressage démarre fin août avec les prestations pour le public dont les petites quantités sont idéales pour enchainer le pressage et l’embouteillage dans la journée. Pour leur jus à eux, les quantités de fruits se comptent en tonnes et ils démarrent en octobre quand les températures sont plus fraiches et que le jus produit dans la journée peut attendre le lendemain sans fermenter pour être embouteillé. Les déchets de fruits sont utilisés en épandage dans les champs voisins mais régalent surtout les animaux sauvages environnants.

Toutes leurs pommes sont fournies par une productrice des Hautes-Alpes à 45 min de chez eux car il n’y a pas de producteurs de pommes dans le Trièves. Pour le reste des fruits et aromates ils s’approvisionnent en local et ils ont démarré le troc de fruits avec des particuliers. Cette technique est peu pratiquée mais évite le gaspillage alimentaire. Pour cela, Nicolas et Brunelle font appel à leurs clients ayant des fruits à ne plus savoir quoi en faire dans leurs jardins, tandis que eux fournissent les pommes pour fabriquer le jus pomme-[fruit en question]. Ils gardent une partie des jus et rendent l’autre partie au client en fonction de la quantité de fruit qu’il a fournie. Un échange vertueux qui ravie tout le monde !
C’est leur 6ème année de pressage dans cet atelier. Ils se salarient via un groupement d’employeur ce qui leur assure une grande sécurité d’emploi et permet d’avoir facilement de l’aide salariée en pleine saison de pressage. Aujourd’hui à cause des marchés et de la configuration du local ils ont trop de manutention à faire. Ils aimeraient déménager mais la situation foncière du Trièves est trop compliquée pour leur permettre d’acheter ailleurs. Ils envisagent donc de réaliser des travaux dans le local existant, affaire à suivre !

Merci à tous les producteurs pour ces visites qui donnent encore plus de sens à notre épicerie, et qui nous permettent de mieux comprendre les différents enjeux et toutes les facettes des produits qu’on vous propose au quotidien !
